Dans le billet précédent j’ai présenté le 1er développement d’une réflexion sur la préparation du futur dans un monde en crise, en me basant sur les leçons de l’histoire.
Ce 2ème billet porte sur l’intégration de la discontinuité de l’histoire pour imaginer le futur
Resteront à aborder les thèmes de la relativisation du dominant pour comprendre le monde, les raisons et les manières d’agir pour préparer le futur, l’affirmation du langage de la puissance et la mise en place de la défense européenne pour préparer l’avenir et une conclusion terminale.
La séparation est le propre de l’histoire occidentale, car nous sommes issus, de ces nombreux siècles, depuis le long moyen âge à l’étincelante période des lumières, de cette longue histoire qui vit surgir la construction d’un ordre social sur les fondements d’un ordre ecclésial, bâti faut-il le rappeler, par l’empereur Constantin après sa victoire du Pont de Milvius sur les troupes de l’empereur Maxence en 312.
Reposant sur la théologie de l’Incarnation, le mimétisme ecclésial impose à la représentation sociale son sens politique avec une organisation des institutions permettant de déléguer le pouvoir d’une communauté à ses représentants.
La réalité politique se traduit par une lutte entre laïcs désireux de s’emparer des instruments du pouvoir symbolique et Église qui échoue à défendre son monopole théophanique.
Les laïcs ont pour eux la force du quotidien pour établir les formes étatiques : la guerre qui fait l’histoire entraîne la nécessité d’une armée permanente, donc un impôt qui la finance, donc des assemblées représentatives qui le justifient. Leur but est la mise en partage d’un monde de pensées, de valeurs, d’images à l’identique du religieux. Mais il est cette fois tourné vers une existence concrète et socialement perceptible au service d’une large communauté.
Ses principales réalisations sont l’essor des institutions scolaires, le développement du contradictoire dans les procédures, la diffusion de la culture écrite, la hiérarchisation du système de communication et le STUDIUM, c’est-à-dire la réflexion basée sur l’étude et la raison.
Si nous mesurons, ces valeurs aux valeurs populistes, à celles des systèmes illibéraux ou autocratiques, (des USA à la Chine, en passant par la Russie, la Hongrie ou l’Argentine) nous pouvons mesurer le recul historique, qui nous ramène à une période pré moyenâgeuse, au sens historique, puisque le corpus décrit au paragraphe précédent est bafoué.
Mais ces deux mondes antinomiques ont une caractéristique commune : ils réorientent le récit, le roman communautaire, le roman national (AMERICA FIRST, la Russie des Tsars, la grandeur des empires chinois) vers un idéal, en exposant des trajectoires insatisfaisantes vers lesquelles semblaient s’orienter les vies avant l’irruption d’un évènement provoquant une autre perception du réel et une volonté de le modifier, incarnés par TRUMP, POUTINE OU XI JI PING.
Les nouvelles formes de gouvernement sont visibles, tout comme l’étaient les statues grecques ou romaines, comme les cathédrales ou la peinture florentine au moyen âge.
Elles sont actives, créatrices et disruptives, passant par les nouveaux canaux que sont les images et les réseaux sociaux, avec une différence notable : l’imminence du jetable et l’effacement du durable, à l’opposé du temps qu’il a fallu pour transformer la cathédrale Saint Sophie de Constantinople en mosquée AYASOFYA d’Istamboul.
Les effets de la familiarité accrue avec la culture écrite et de l’imprimerie au 16ème siècle, ont diffusé l’appétit du récit, engendrant connaissance et inquiétude. Notre connexion constante avec le flot continu d’information diffuse moins de connaissance ou de la connaissance tronquée avec les récits complotistes et de plus grandes inquiétudes avec l’utilisation des nouveaux canaux d’information pour diffuser les récits des changements qui s’opèrent sur la planète. Ils sont plus ou moins heureux selon qu’ils magnifient les actions terroristes du 7 octobre en Israël ou le renversement du sinistre dictateur syrien.
Pour conclure ce paragraphe sur la discontinuité de l’histoire, je dirai que notre siècle est en train de reproduire ce que Fernand Braudel qualifiait « d’inquiétude suprême » au 16ème siècle, c’est-à-dire la hantise de la guerre, avec ses horreurs et ses désastres, mais aussi l’expansion des sciences et des découvertes qu’elle provoque.
Il en va de même pour nos sociétés occidentales, confrontées, comme il y a cinq siècles, au défi du pluralisme religieux, qui nécessite une forme d’autonomisation de la raison politique car il provoque la déstabilisation des identités collectives, dans des pays de culture multiséculaire.
Nos sociétés connurent alors un moment d’instabilité, ou guerre et paix s’étendaient à toute l’Europe, comme le décrit Ronsard dans « Discours des misères du temps », à la différence notable qu’il n’y avait alors que de deux religions en cause, le catholicisme et le protestantisme, alors que les juifs étaient persécutés comme le sont au 21ème , les chrétiens coptes d’Égypte, les Yézidis en Irak et les Rohingyas musulmans en Birmanie.
Au surplus ce phénomène se complexifie avec des religions porteuses de nouvelles solidarités comme les évangélistes, les témoins de Jéhovah et autres et que perdurent et s’étendent l’hindouisme, le shintoïsme, l’animisme, cantonnées jusque-là à leurs espace géographiques, comme une réponse à l’hédonisme et à l’individualisme ambiant.
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