Le monde est en crise. Une analyse prospective montre qu’il s’agit d’une crise politique avec les conflits en cours (Ukraine, Moyen Orient, Golfe Persique, Sahel) et les conflits à venir pouvant impliquer des puissances nucléaires (mer de Chine orientale, Cachemire ou contrôle de l’espace). Il s’agit aussi de la crise de l’eau entre l’Inde et le Pakistan pour le contrôle de l’Indus, de la crise du contrôle des terres rares et de l’uranium, de la crise migratoire aux USA et en Europe, et d’un bouleversement avec le rôle sur-étatique que jouent les GAFAM. Je paraphraserai donc Victor HUGO, en disant que l’attitude à adopter sera « d’étonner la catastrophe qui vient ».
Ce ne sera pas une catastrophe identique à celles de grands conflits que le monde a connus, mais quelque chose de nouveau, une guerre hybride, avec des puissances secondaires, des armes nouvelles, de l’intelligence artificielle et du commerce de matières premières.
Le rôle des hommes de bonne volonté est à mon sens de braver le péril, d’innover dans les relations internationales, d’être fidèles aux valeurs démocratiques issues du conflit de 1945 et des Lumières, de se frotter à l’inéluctabilité du destin, de tenir bon, d’apporter de l’espoir aux peuples qui souffrent ou vont souffrir, bref, de se comporter avec humanité, face à la tyrannie qui avance à pas masqués mais continus et disparates.
Il nous faut remettre dans le quotidien cette vieille idée humaniste, souvent démentie par les conflits, mais toujours dans les cœurs et les âmes, cette idée où la beauté et la grandeur l’emporteront sur la méchanceté et la convoitise des hommes.
La ligne est ténue et notre rôle est, pardon de revenir à Hugo, « de sculpter le réel avec une main et de dessiner l’idéal avec l’autre ».
Face à ce monde en crise, les développements suivants comportent cinq parties que je soumets à votre réflexion : aborder le futur au prisme des leçons de l’histoire, l’intégration de la discontinuité de l’histoire pour imaginer le futur, la relativisation du dominant pour comprendre le monde, les raisons et les manières d’agir pour préparer le futur, l’affirmation du langage de la puissance avec la mise en place la défense européenne pour préparer l’avenir et se terminent par une conclusion.
Les grands périls ne seront plus ceux qui s’annonçaient bruyamment et par avance. Ils seront fondés sur les lents mouvements de l’histoire et du temps et l’Europe dans laquelle nous vivons en est un exemple.
Pour illustrer mon propos, je me base sur un reportage du journaliste du Monde, Éric ALBERT, qui relate les transformations de l’Europe à travers l’histoire de ses habitants.
Il y raconte ce qu’est la vie d’un camionneur, avec un bas salaire en raison de la concurrence dans l’Europe des 27. Il raconte aussi l’histoire d’un Autrichien et d’une Turque qui se sont rencontrés lors d’un échange Erasmus qui voient notre continent comme un espace d’échanges, d’amour et de beauté.
Un réfugié syrien qui vit à Berlin et qui est livreur chez Amazon, traumatisé par son arrivée illégale par la mer où il failli se noyer, voit lui, son cauchemar se perpétuer au travers d’une capitale allemande où sont exploitées l’immigration d’Afrique et du Moyen-Orient. Un autre réfugié qui est gay la voit comme une ville de liberté, personnelle, sexuelle et artistique.
La vie en Europe change donc, comme elle doit changer sur les autres continents, car les hommes sont et demeurent des hommes et les évolutions qui ont lieu en un lieu de la planète se reproduisent ailleurs, d’une autre manière et suivant d’autres critères ethno-historiques.
Mais il y a des constantes.
D’abord, il y a l’immigration, qui change la vie de tous les jours, tant dans les villes, les cités et les villages. Rappelons que les USA se sont construits sur un melting-pot migratoire, tout comme l’Europe le fut sur une période plus longue.
Viennent ensuite la démographie, la culture, les ethnies et les religions qui remodèlent l’Europe. Mais il est deux autres qui me paraissent plus importants : le changement numérique et le changement climatique.
Le numérique modèle les relations sociales, commerciales et individuelles. Un citadin utilise un site internet d’immobilier pour refaire sa vie à la campagne. Des personnes du troisième âge y cherchent un remède à leur solitude. Les algorithmes s’instillent dans la vie réelle. Il en va de même pour la prostitution, le commerce des produits illicites, la constitution de groupes mafieux ou terroristes et les cryptomonnaies qui abritent l’argent de tous les trafics y compris l’exploitation des enfants. Ce monde parallèle mais bien réel, est sur chaque téléphone.
Le changement climatique conduit les viticulteurs de Bourgogne à vendanger un mois plus tôt qu’avant. Les grandes exploitations tentent de racheter des terrains en Angleterre ou en Patagonie, pensant qu’avec la hausse des températures ils ne pourront plus faire le même vin dans deux ou trois décennies. Un ingénieur russe qui construit un port de gaz naturel liquéfié près de l’océan Arctique, fier d’avoir édifié cette infrastructure dans des conditions extrêmes, se désole de voir dépérir les troupeaux de rennes et participer par son activité à la destruction de leur milieu de vie.
Reste à savoir comment les Européens perçoivent cette transformation démographique, culturelle, ethnique et religieuse.
La réalité me conduit à dire que sans régulation, assimilation et tolérance, tant de la part des européens que des récents arrivants, elle nourrira les populismes.
Pour conclure ce développement sur les leçons de l’histoire, je veux souligner que ce lent changement repose sur une nouvelle trame historique, faite de vieillissement des populations de l’UE, de complexité entre altérité et identité, de mondialisation espérée et redoutée face à un passé rassurant, de flux humains d’exploitation ou d’épanouissement, d’augmentation des richesses et de la pauvreté et de conséquences des conflits larvés entre très grandes puissances : USA, Chine et Russie.
Enfin se rajoutent les modifications sociétales induites par l’expansionnisme et ensuite celui de l’explosion des mafias de toutes sorte et de leur imbrication dans la société économique et financière dérégulée.
La tourmente qui nous guette prend deux formes assourdissantes : celle des bavardages incessants du monde numérique et celle du silence inquiet des consciences qui mesurent ce changement.
Nous ne pourrons les affronter que par une conjugaison de patience, de travail, d’invention, de courage, bref par une conjugaison d’intelligences.
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