J’ai présenté un 1er développement d’une réflexion sur la préparation du futur dans un monde en crise en me basant sur les leçons de l’histoire puis un 2ème sur l’intégration de la discontinuité de l’histoire pour imaginer le futur et un 3ème sur la relativisation du dominant pour comprendre le monde.

Ce 4ème porte sur les raisons et les manières d’agir pour préparer le futur.

Viendront les derniers avec l’affirmation du langage de la puissance et la mise en place de la défense européenne pour préparer l’avenir et une conclusion terminale.

 

        Le monde est en crise, les changements politiques aux USA font craindre des réorientations dans les politiques internationales obligeant l’Europe à plus de résilience et d’harmonisation pour garantir sa défense ses frontières et ses intérêts économiques et stratégiques.

 L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque la discontinuité historique évoquée dans les lignes précédentes. Elle révèle que la sécurité et la survie de l’Europe sont le plus grand défi qui posé depuis 1945, le tout dans un monde  marqué par une politique de puissance qui est passée du « soft power » à la militarisation.

Les sanctions contre la Russie, le soutien à l’Ukraine y compris militaire, certes insuffisant, esquisse l’affirmation d’une UE géopolitique, car durant des décennies, l’UE, imprégnée de l’idée du « doux commerce » pacificateur de Montesquieu, a négligé la protection de ses intérêts vitaux, sauf pour l’arme atomique en France et en Angleterre.

Je reprends mon propos liminaire en disant que la crise nous enserre et nous corsète dans les Balkans occidentaux (Croatie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie qui ont des liens resserrés avec la Russie ou la Chine), au Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad ou la présence de l’UE faiblit tandis que celle de la Chine et de la Russie augmente), au Moyen-Orient, et dans l’indopacifique zone qui représente 60 % du PIB mondial et 2,4 milliards d’habitants (côte est de l’Afrique, Inde, Indonésie, Australie et Japon).

Les armes ne sont pas seulement les soldats, les chars et les avions, mais aussi les sanctions financières, les interdictions d’importation et d’exportation de matières premières y compris alimentaires comme le blé, les flux énergétiques, les opérations de désinformation et d’ingérence, l’instrumentalisation des flux migratoires, la privatisation des armées et la politisation du contrôle des technologies sensibles.

Si l’on y ajoute le recul des libertés démocratiques la conclusion est claire : la défense de l’Europe a besoin d’une sécurité globale.

Elle doit donc réduire ses vulnérabilités stratégiques pour les matières premières, l’énergie (à l’exemple du gaz russe devenu une arme politique) et sa dépendance industrielle (en matière de fabrication de médicaments et de matériels militaires communs par exemple). 

L’histoire de la défense européenne est jalonnée de nombreux plans et initiatives. Mais dans les faits la sécurité et la défense présentent le plus grand écart entre les attentes et les résultats.

Les Européens ont donc adopté une « boussole stratégique » de défense en mars 2022, pour éviter d’être les spectateurs d’un monde façonné par et pour les autres. Elle acte notamment une capacité de déploiement rapide de 5 000 hommes (bien insuffisante face aux 12 000 Coréens du Nord en Ukraine) et le renforcement des dispositifs de commandement des prises de décision rapides.

Nous avançons donc à pas comptés et le vieil adage « c’est au pied du mur que l’on voit le maçon » peut être appliqué aux européens, à condition que leur mur ne soit emporté par le déferlement extérieur.

Evidemment cette initiative fait doublon avec l’OTAN. Mais les forces qui freinent cette avancée sont à l’intérieur de l’UE et non des USA. Les USA eux souhaitent « une défense européenne plus forte et plus compétente qui contribue à la sécurité mondiale et transatlantique » et avec leur pragmatisme habituel disent « mettez-vous au travail et aidez-nous à partager le fardeau de la sécurité ».

Avec leur nouveau Président, entrera en compte le coût de la couverture sécuritaire par l’OTAN, ce qui nous obligera, il n’y a pas à en douter. 


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