Autrefois fréquentes, les morts de nourrissons étaient associées aux années d’après-guerre.
Aujourd’hui le taux de mortalité infantile est un marqueur du développement d’un pays car il est pris en compte dans le calcul de l’indice de développement humain (IDH) afin d’établir le classement du développement des pays, en complément du PIB ( Produit intérieur brut qui mesure la seule croissance économique).
Depuis le début du XXe siècle, il a continûment baissé en France, reculant seulement durant les deux grands conflits mondiaux, ce qui se comprend aisément.
Mais ce mouvement a cessé depuis une dizaine d’années, alors que nous sommes en paix, à rebours ce qui se passe dans les autres pays de l’UE (Source : Insee Focus n° 301).
Depuis 2015 précisément, la mortalité infantile en France est supérieure à la moyenne de celle de l’UE, comme le montre le tableau suivant :

Au surplus contrairement à la France, le taux de mortalité moyen infantile en Europe continue de diminuer, pour atteindre 33 décès pour 10 0000 naissances vivantes en 2020.
La mortalité est plus élevée dans les départements d’outre-mer (DOM) : 77 décès avant le premier anniversaire pour 10 000 naissances. La Corse est pour une fois, en dessous de la moyenne nationale : 32 décès avant le premier anniversaire pour 10 000 naissances vivantes alors que la moyenne nationale est de 36 pour 10 000.
Les chercheurs s’interrogent sur les causes de cette augmentation. Mais la France ne dispose pas de registre de naissance comme la plupart des pays nordiques et les données d’état civil ne comprennent pas assez d’éléments : âge gestationnel ou poids du nouveau-né. Les bases de données des hôpitaux sont, elles, éclatées et difficiles à interpréter.
Ils énoncent des causes identifiées dans de nombreux rapports : augmentation continue de l’âge des mères, part de femmes fumeuses pendant la grossesse, augmentation de la part de femmes en surpoids ou obèses, diabète, hypertension, accès aux soins, naissances multiples, prématurés.
Bien évidemment, ces risques sont multipliés chez les femmes en situation précaire.
On serait donc tenté de tout expliquer par l’état de santé et l’âge des mères.
Pourtant, la réalité est plus complexe.
Il y a d’abord la démographie médicale, la fermeture de services hospitaliers et le manque de personnels soignants. Il y a aussi la faiblesse de la politique de prévention. Pointé par un rapport parlementaire (Michèle Peyron – mars 2019), l’affaiblissement du réseau de proximité constitué par les services de protection maternelle et infantile (PMI) s’est accompagné d’une nette diminution des visites maternelles.
Cette hausse de la mortalité infantile a donc des causes multiples, sans que le circuit de soins en soit la cause principale car pour certains professionnels « il vaut mieux moins de lieux de prise en charge des accouchements, mais des structure mieux équipés, avec un système de transport plus efficace ».
Il faut savoir que les maternités se divisent en trois catégories. Celles de niveau I (43 %) sont prévues pour accueillir la majorité des grossesses, ne présentant pas de risque particulier. Celles de niveau II (45 %) peuvent accueillir des prématurés à partir de 33 semaines, tandis que celles de niveau III sont spécialisées dans le suivi des grossesses pathologiques et disposent d’un service de néonatalogie. « Dans les maternités de niveau I on moins l’habitude de prendre en charge les grossesses à risque d’où l’importance du suivi prénatal » soulignent les professionnels.
Au-delà de ces hypothèses, demeure la mort subite du nourrisson, dont les causes sont mal connues et qui reste la première cause de mortalité infantile.
Malgré les alertes de nombreux professionnels, les autorités sanitaires ne semblent pas prendre la pleine mesure du défi posé par la hausse de la mortalité infantile, de plus en plus difficile à accepter dans un pays développé.
D’autant, pour rester dans l’air du temps budgétaire qui est le nôtre, ce sont ces naissances qui feront les adultes qui financeront les retraites et diminueront les dépenses de santé si ces naissances interviennent dans de bonne conditions, augmentant les chances de voir ces nourrissons grandir en bonne santé.
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